Crèmes, parfums, glaces, yaourts… dans les rayons de nos magasins, les produits à la vanille se distinguent par leur couleur blanche ou jaune pâle. Or si la fleur de la vanille est bien blanche, son fruit, lui, est brun-noir, comme la peau des esclaves. C’est justement un esclave, un enfant de 11 ans, prénommé Edmond, qui fut l’inventeur de la fécondation manuelle de la vanille, en 1841, sur l’île de la Réunion qui s’appelait alors île Bourbon, à l’époque où, malgré la Déclaration des droits de l’Homme, les mains coupées des esclaves ornaient encore les couloirs des maisons des maîtres, à l’époque où tout un peuple vivait et mourait dans les champs de canne à sucre. Comme il était non seulement Noir, esclave, mais aussi enfant, des botanistes blancs se sont ligués pour le spolier, s’approprier sa découverte, faire en sorte que son nom sombre dans l’oubli.
Près de 150 ans après sa mort dans la misère, un roman nourri des archives disponibles rend hommage au génie d’Edmond Albius, trace son portrait, raconte l’apprentissage de botaniste que lui a dispensé son maître et père adoptif, Ferréol Bellier-Beaumont, sans toutefois jamais lui apprendre à lire. Et si ce roman s’intitule "La vraie couleur de la vanille", c’est pour rétablir une certaine justice : la gousse de vanille mûre est bel et bien noire, comme la peau du garçon dont l’intelligence a permis que nous respirons son odeur, que nous goûtons son parfum, qu’elle embellisse jour après jour notre vie quotidienne.